Sarah Nind

 

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L’Oeuvre de Sarah Nind

Au niveau formel, j’ai recours à la peinture à l'huile et aux procédés photographiques pour établir mon propre langage pictural. Le résultat final préserve les caractéristiques de la photographie comme un médium émotif et poétique - un mode d'enregistrement du "réel" mais l'espace est aussi transformé par l'intégration de peinture dans l'image. Cette surface peinte, transcendant la simple description littérale, est présentée comme lieux d’expression et enregistrement d’états émotifs et des réalités subjectives.

Métaphoriquement, je conçois ma peinture comme la représentation d'un corps intérieur / émotif alors que l'aspect photographique de mon œuvre, lui, réfère à un corps physique et extérieur. La main, comme médiation de l'acte de peindre, peut être elle-même métaphore du corps sensuel alors que les traces de photographie sont les outils par lesquels le corps conscient trouve l'expression du monde extérieur. En utilisant des photographies, et en les peignant, je redonne un souffle de vie à ces images - je leur redonne la mémoire d'époques et de lieux, l'aura et le mystère qui se sont perdus dans la photographie. Mon désir de peindre sur mes photographies tient peut-être aussi du désir d'authentifier ou de rendre unique un monde fragmenté et surexposé dans l’image photographique.

Du point de vue thématique, mon travail consiste à raconter des histoires. Ces histoires ne sont pas littérales ou linéaires dans leur structure mais sont construites de segments fragmentés et répétitifs, et présentent une narration basée sur les variables de temps et de lieux. Les images photographiques présentes dans mon œuvre sont des fragments d’une histoire personnelle mais aussi une collection de souvenirs et d’objets rares du passé. L’œuvre cherche à savoir comment ces histoires et images vivent dans nos mémoires conscientes et inconscientes et affectent nos modes de perception de la réalité. Plutôt que d’être une simple narration dramatique, mon travail questionne l’histoire, la construction du temps comme processus linéaire et la distinction entre le réel et le virtuel.

Mon travail actuel, Paysages fragiles pose le paradigme de réel et de l’imaginaire à travers des concepts picturaux d’espace et de paysages. En même temps, ce nouveau travail élargit le vocabulaire formel de ma pratique artistique. Par l’exploration de la peinture et de procédés photographiques parallèlement à celle des technologies digitales, Paysages fragiles vise à explorer les marges et les interactions entre des modes d’expression créatives visuelles traditionnels et contemporains. J’ai le désir de développer une sensibilité personnelle à l’égard de l’application matérielle et des procédés et par l’expérimentation de nouvelles structures, de spéculer quant au pouvoir potentiel de la création d’images et aux conventions qui s’y rattachent.

L’utilisation d’éléments paysagers, dans leur fonction littérale et fictionnelle, est une préoccupation thématique que l’on retrouve dans la pratique présente et passée de mon art. Paysages fragiles propose ce même thème en explorant l’idée d’un paysage romantique et paradisiaque et son rapport à l’espace urbain contemporain. À travers des thèmes tels que ceux de l’environnement et l’espace architectural, je désire re-tracer, ré-écrire, re-connaître et finalement me ré-approprier les traces mnémoniques qui définissent notre compréhension des lieux. En explorant la mémoire même des lieux, l’idée de « paysage » peut être perçue comme un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur, la privé et le public, l’imaginé et le  réel, le poétique et le profane.